Les 3 premiers mois très productifs de Jean Abbiateci à la rédaction du « Temps »

Jean Abbiateci 1C’est un des meilleurs journalistes français, jouant aussi bien avec la data qu’avec le longformat. En septembre, Jean Abbiateci a quitté sa Bretagne pour prendre ses fonctions au sein de la rédaction du Temps à Genève. Et en 3 mois, il a mené une quinzaine d’applications/enquêtes !

Je l’ai interrogé sur ses premiers pas dans la rédaction du Temps, sur sa façon de travailler, de lancer des projets, sur les retours, sur ses relations avec ses nouveaux collègues… A la base, il y avait une petite dizaine de questions. Professionnel jusqu’au bout des ongles, Jean m’a répondu en… 4 feuillets passionnants. Je vais me permettre de scinder l’interview en deux parties.

Voici la première, axée sur son arrivée à Genève. Il y parle de son premier objectif, de sa capacité à la fois à initier et gérer des projets éditoriaux, de l’importance du vivier de grand-mères de Rue89, de la place de twitter dans son travail…

Jean, qu’est-ce qui t’a poussé à quitter la France pour aller travailler en Suisse ?

Auparavant, je travaillais comme journaliste freelance, notamment sur des projets de datajournalisme. J’étais également enseignant à temps partiel à l’IUT de Journalisme de Lannion. Si j’ai rejoint le Temps, c’est parce que j’avais envie de développer un projet à long terme autour du datajournalisme. Là je travaille exactement sur ce que je sais et j’aime faire, avec le temps pour le faire, au sein d’une rédaction de très grande qualité. Je ne vois pas où en France j’aurais pu avoir cette opportunité et cette liberté.

En plus, il y a au Temps ce côté “partir de zéro ou presque” dans ce domaine qui est très stimulant. Parfois, en plaisantant,  je me dis que ça doit être terriblement ennuyeux de travailler au New York Times : ils savent tellement tout bien faire qu’il n’y pas de surprises. Nous, avec Data  Le Temps, on a (va) sûrement faire plein d’erreurs et ainsi apprendre plein de trucs. Il y a ici un petit far-west, notamment sur l’investigation data qui n’est pas pour me déplaire.

Es-tu arrivé avec des projets en particulier ?

Avant mon arrivée au Temps, j’avais surtout essayé de me mettre à jour dans quelques domaines techniques que je ne maîtrisais pas trop, mais j’en ai surtout profité pour lire beaucoup le journal pour m’imprégner des angles, du ton, et des sujets du journal. Pour être pertinent dans mes propositions à venir. Je pense que c’est le plus important, pour “sentir” là où mettre son effort.

Bon, j’avais bien sûr quelques idées. Il y a quelques jours, nous avons mené une enquête sur Cologny, l’une des communes les plus riches de Suisses, qui compte un nombre très important de milliardaires, et pour cela on s’est basé sur les données du cadastres foncier. C’est une idée que j’avais eu bien avant mon embauche au Temps.

De tout façon, c’est toujours compliqué d’arriver dans un nouveau journal sans connaître le fonctionnement et les contraintes techniques. Mais s’il y a une chose que je voulais :  c’était avant toute chose de “casser” cette fameuse barrière des 500 pixels, qui ruine tous les bonnes idées de nouveaux formats. Grâce à nos informaticiens, on a désormais deux “templates”, 800 pixels et full-screen, intégrant les outils de suivi statistiques du site (Xiti notamment), et qui nous permettent de faire tout ce qu’on a envie sans contraintes.

Ce ne sont pas uniquement des projets data, pourquoi ?

Non, il y a des projets data et des projets multimédia, ce que l’on nomme souvent sous le nom de “journalisme visuel”. Officiellement, sur mon contrat, je suis “journaliste de données” mais je me considère plus comme “développeur éditorial. Pardonne-moi le mauvais jeu de mot, mais j’ai l’impression d’être un peu une sorte de couteau suisse au sein de la rédaction.

Si je raisonne en terme de valeur ajoutée, ce n’est pas ma connaissance de la Suisse, c’est ma capacité à la fois à initier et gérer des projets éditoriaux, et à savoir les mettre en place de A à Z. Parce que tu connais ça à l’Avenir, j’imagine, avoir des développeurs, des graphistes et des journalistes à disposition, c’est dans un monde idéal ! Si tu veux faire changer les choses dans une rédaction, il faut savoir faire les choses soi-même.

As-tu déjà eu des retours de ta rédaction en chef, du lectorat ?Jean Abbiateci 3

Oui, mais ni plus ni moins que les autres journalistes, ce qui me convient très bien. Pour le lectorat, difficile de dire : on a eu des mails sympas sur des projets, quelques coups de fil désagréables aussi suite à notre travail d’enquête sur Cologny. Du classique pour un journaliste.  Bien-sûr, il y a Twitter, mais je pense que c’est un moyen assez peu efficace d’avoir des retours qualitatif sur des projets. On va être soit dans l’auto-promotion professionnelle (qui certes assez agréable pour l’égo) ou soit dans la critique violente (“c’est de la merde votre truc”).

Pour le travail data et multimédia , je crois beaucoup plus en amont au “test de la grand-mère” : montrer son application à quelqu’un qui ne connaît rien à internet. Si la personne peut s’en emparer et comprendre, cela vaut validation. Sinon, c’est à refaire. En France, Rue89 fait ça très bien.. Je pense qu’ils ont un bon vivier de grand-mères !

En revanche, Twitter est très intéressant a posteriori,  pour avoir des retours techniques et recenser les bugs. Par exemple, quand je fais une application, je la fais vivre en général une petite demi-heure sur Twitter pour voir s’il y a des gros soucis techniques, sur mobile par exemple, avant de la mettre sur la page d’accueil du site.

Au final, sur le web, l’audience et ses statistiques restent le meilleur moyen d’avoir des retours.  Pour l’instant, faute de temps, je regarde juste l’audience et les partages sociaux de nos projets estampillés “Data Le Temps”, mais il faut vraiment que je puisse mettre en place des critères beaucoup plus fins – temps de consultations, taux de rebond… Je ne crois pas à l’audience à tout prix, il faut savoir quels sont ses objectifs avant de lancer un projet (audience, visibilité, expérimentation…) et savoir les mesurer. Ça, c’est un truc qui n’est pas du tout dans la culture des rédactions, la culture de l’évaluation…

Dans le prochain post, Jean expliquera comment la rédaction fonctionne, il évoquera l’équipe data & multimédia du Temps, l’intérêt de partager le mode d’emploi de ses enquêtes…


Une réflexion sur “Les 3 premiers mois très productifs de Jean Abbiateci à la rédaction du « Temps »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s