Diederick Legrain est rédacteur en chef adjoint de la rédaction de Matélé, une des douze télévisions locales francophones. Depuis 2016, il a développé plusieurs groupes Facebook dans le cadre de différents projets. Il revient sur son expérience.

D’où est venue, la première fois, l’idée d’utiliser un groupe Facebook à la place d’une fanpage ?

perso, cela remonte à 7 ans en arrière, quand j’ai lancé un groupe pour accompagner la promotion d’un livre de recettes: Namur Gourmande, 18.000 membres aujourd’hui. J’ai vu le potentiel en terme d’implication et de contribution des membres.

A Matélé, c’était pour l’opération #tousàtable.

groupe fb tousatable

Justement, pour cette opération #tousàtable, quels étaient les objectifs du groupe Facebook? Et les avez-vous rencontrés ?

Le but de toute l’opération était de mobiliser et d’impliquer notre audience web, de créer une communauté d’utilisateurs actifs et de contributeurs. #tousàtable était une opération qui a regroupé une quarantaine de communautés locales (comités de quartiers, collègues au sein d’une entreprise, associations diverses…) autour d’auberges espagnoles IRL et virtuelles sur le thème du locavorisme. Un groupe Fb paraissait la bonne méthode.

Concrètement, quel a été l’apport de ce groupe Facebook dans votre opération ?

Le groupe a amené une “émulation” entre les participants, qui se sont amusés à tester des petites productions: photos, mini-vidéos, recettes, etc. Le groupe nous a permis de dialoguer avec les participants et recueillir quelques idées de reportages.

Lors d’une présentation de #tousàtable, devant des journalistes à Moscou, tu expliquais qu’il avait fallu un peu de temps avant de voir le groupe sérieusement grandir. As-tu pensé que vous aviez fait une erreur en ne misant pas sur une fanpage ?

Le groupe a démarré très lentement, mais je pense avec le recul que cela vient du fait que le nom #tousàtable n’était pas porteur. Il aurait fallu lancer une communauté autour d’un concept genre “Locavores Namur” qui aurait démarré plus facilement et duré plus longtemps.

Suite à cette expérience, les télévisions locales de la Communauté Wallonie-Bruxelles ont lancé le groupe “T’es un vrai fan de volley si…” pour accompagner une émission intitulée « Volley Games ». C’était en 2017. Le groupe continue de vivre mais est-ce que le magazine télé est toujours diffusé?

L’émission n’est plus diffusée, mais son statut éphémère était connu et c’est la raison pour laquelle on n’a pas fait de groupe sur le nom de l’émission mais bien sur le volley: ainsi le groupe continue de vivre sa vie et permet aux télés locales de dialoguer avec les fans de volley.

L’expérience nous a surtout permis de lancer un autre groupe qui a eu beaucoup plus de succès: L’esprit de clocher, qui a accompagné toute l’opération de reconstruction du clocher de la Collégiale de Ciney. Celui-ci avait été détruit par une tempête et symbolisait les dégâts énormes que la commune a subis lors de cette époque. Les idées de reportage, les témoignages et photos reçus des habitants grâce à ce groupe ont été essentiels à notre couverture médiatique.

groupe fb ciney

Aujourd’hui, combien de groupes Facebook gère la rédaction de Matélé?

18 groupes: un par commune, + #tousàtable, + L’esprit de clocher (lancé à Ciney), + Fan de volley. Avec les 15 groupes communaux, nous avons dépassé les 6.000 membres en quelques semaines, ce qui fait plus du tiers de l’audience acquise en sept ans avec la fanpage. Les interactions sont innombrables. Nous avons très régulièrement des idées de reportage grâce à ces groupes.

Quelle est la principale difficulté ?

Ne pas avoir de tableau de bord qui permet de monitorer tous les groupes: il faut passer de l’un à l’autre sans cesse pour faire du community management, surveiller ce qui se dit, publier, etc. C’est un boulot énorme.

Par rapport aux fanpages, les groupes Facebook offrent moins de possibilités notamment pour les publications et le suivi des statistiques: n’est-ce pas handicapant ?

Les groupes Facebook ont fortement évolué depuis février 2018. Facebook a décidé d’améliorer leur fonctionnement en créant de nouveaux outils de gestion et en formant des gestionnaires de groupe de tous les pays à ces outils, notamment lors du Communities Summit de Londres. Il y a désormais des statistiques dans les groupes (mais moins fines que sur les fanpages) et il y a la possibilité de programmer des publications. Il y a beaucoup plus d’outils qu’on le pense.

Quels sont les conseils que tu peux donner suite à l’expérience de la rédaction de Matélé avec la mise en place et la gestion des groupes Facebook ?

  1. ne pas créer de groupes autour d’une seule émission, ou d’une chaîne mais autour d’une communauté pré-existante: des foodies, des habitants d’une commune, des amateurs de sports, etc.
  2. mettre des règles en place et les expliquer avec beaucoup de patience
  3. répondre à toutes les interpellations sur le fonctionnement du groupe ou la politique éditoriale du média
  4. faire confiance aux groupes: ceux-ci évoluent parfois d’une manière qui n’avait pas été prévue initialement, mais qui correspond à ce que les membres en attendent: suivre le mouvement.
  5. rester en adéquation avec les valeurs du média.

 

Publicités