Les élections communales (municipales) d’octobre 2018 en Belgique ont été l’occasion pour la rédaction de L’Avenir.net de tenter de casser les silos. Les silos, ce sont ces bulles dans lesquelles s’activent les différentes équipes de la rédaction, souvent indépendamment les unes des autres. Casser ces silos, c’est mettre en commun notre force de frappe.

En lançant la série “Destination communes”, la rédaction a voulu travailler sur 53 thématiques liées à la vie communale en faisant appel aux spécificités de chaque équipe.

Destination communes

Chaque samedi, un dossier était ainsi décliné longuement à travers le journal et il pouvait être valorisé en Une.

Lors de sa présentation au “Nouvelles pratiques du Journalisme” , Gael Hurlimann faisait aussi écho à un fonctionnement similaire.

 

Pour raconter l’expérience menée par la rédaction de L’Avenir.net, je vais découper le processus.

Quelle organisation ?

L’Avenir.net est structurée autour de plusieurs silos:

  • L’équipe TE (pour toutes éditions), c’est l’équivalent des IG (info génés dans pas mal de rédactions en France). Elle est chargée d’alimenter le premier cahier du journal. Cela comporte l’info nationale, internationale, culture….
  • Les rédactions (agences) locales qui ont chacune leur zone de couverture et qui  disposent du deuxième cahier.
  • L’équipe web qui valorise sur le site aussi bien les informations des deux rédactions citées ci-dessus, que les articles créés par ses soins.
  • Les équipes graphiques qui créent des infographies et qui s’occupent, en partie, de la mise en page.

Pour chacun des dossiers de “Destination communes”, l’idée était de faire travailler ensemble ces équipes. Un travail en commun donc. Mais aussi une temporalité unique : un agenda commun et une mise en ligne à un moment choisi.

Pilotage, expertise et mises au vert

La série “Destination communes” était chapeautée par deux personnes (cadres).

Les thématiques étaient validées par un groupe d’experts issus des différentes rédactions du groupe.

Une fois par semaine, un comité de pilotage (des personnes issues de la plupart des rédactions) assurait le suivi des thématiques et de la mise en oeuvre.

Deux mises en vert ont été organisées afin de trouver de nouvelles thématiques et surtout de voir comment ces thématiques pouvaient être déclinées (pages générales, locales et sur le web). Cela signifie qu’il y a eu un travail préalable sur les angles et les formats.

Durée

La série “Destination communes” a été lancée un an avant les élections communales d’octobre 2018. Au rythme d’un dossier par semaine, cela signifiait concrètement qu’il fallait trouver 53 dossiers à développer. Si vous avez déjà lancé des séries, vous imaginez l’ampleur du boulot. Il s’agissait d’un travail de très longue haleine.

Un effort tout particulier était aussi porté sur la mise en oeuvre de l’agenda: les équipes devaient boucler les sujets avec une ou deux semaines d’avance. Ce qui permettait d’annoncer assez tôt les dossiers aux lecteurs, de faciliter la relecture, le travail graphique…

Ressources mobilisées

Chaque rédaction disposait d’une personne relais qui se chargeait du traitement du dossier à son niveau ou qui supervisait le travail.

La cellule graphique travaillait à l’habillage des Unes, à la mise en page et à la création de supports spécifiques (visuels pour les réseaux sociaux…)

Au niveau du weblab, nous étions chargés de travailler sur les datas (recherches, dataviz), sur les déclinaisons spécifiques (quiz…) et sur l’habillage web des articles (chaque article débutait par un “avant de lire”, comportait des liens vers d’autres articles de la thématique et se terminait par un renvoi vers le dossier). Pour chaque dossier, les articles étaient regroupés sur une page web spécifique.

Planification de la mise en ligne

Chaque samedi, plusieurs pages print étaient donc consacrées à “Destination communes”. Cela représentait plusieurs dizaines d’articles. Une petite sélection étaient envoyée aux abonnés, via une newsletter dédiée, dès le vendredi après-midi.

L’enjeu était évidemment de valoriser au mieux ce travail avec deux questions:

  • à quel moment
  • en utilisant quel(s) canaux de diffusion.

Le weblab a joué ici le rôle de planificateur. Nous disposions d’une fenêtre de tir comprise entre le vendredi soir et le dimanche soir. Nous avions à disposition: 5 newsletters générales et une newsletter propre à chaque édition. Nous pouvions aussi valoriser les articles via les réseaux sociaux (les rédactions locales disposent chacune d’une page FB).

Un programme de planification éditoriale a été au coeur de ce processus pour que chacun puisse connaître les sujets à exploiter.

Monitoring

Pour chaque dossier, un monitoring était réalisé (nombre de vues, temps de lecture, canal de diffusion utilisé…)

Quel bilan ?

Tout au long de ce projet, il y aura eu deux difficultés:

  • le respect des délais : la plupart des articles étaient bouclés le vendredi même (et non avec une semaine d’avance). Ce qui compliquait le travail de planification et de sélection pour la newsletter abonnés.
  • le weblab n’a pas réussi à apporter le rôle qualitatif autant qu’espéré. Notamment parce que nous devions prendre en charge l’habillage des articles, ce qui s’est révélé plus lourd que prévu.

Ce que cela nous a appris:

  • la planification éditoriale était au coeur du processus. Cela nous permis de continuer à la rôder.
  • le travail en commun (en cassant les silos) a commencé à faire partie des habitudes. Mais il faudra continuer à le mettre en oeuvre si on veut qu’il coule de source. Ceci écrit, je pense que la rédaction a gagné en rapidité si elle doit se mettre en “ordre de bataille”.

Une vraie force : tout au long de cette année, « Destination communes » a permis à L’Avenir.net de développer en profondeur des thématiques qui sont au coeur de notre travail : l’info locale. Grâce à cette série, nous avons pu offrir à la fois de l’analyse (vue plus générale) mais aussi aller chercher, mettre en avant des témoignages forts, pertinents qui pouvaient ainsi illustrer, concrètement, la thématique.

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