Grégoire Molle était présent au Festival de l’info local qui s’est tenu à Nantes, fin juin. J’ai eu l’occasion de pas mal discuter avec lui mais malheureusement, je n’ai pas pu assister à sa présentation. J’ai pris l’excuse de ce blog pour lui reposer une série de questions. Ce qui m’intéressait particulièrement, c’était son profil (il a fait de la radio aux États-Unis), son expérience (il a fait deux podcasts pour “L’Yonne républicaine”) et son regard sur la production de podcasts (il fait partie de la team Les Moissonores)

Grégoire, tu as réalisé le podcast “Tant qu’on a la santé” pour “L’Yonne républicaine”, comment est venue l’idée ?

Quelques semaines après avoir réalisé « Y a plus de saisons« , J’avais envie de réaliser à nouveau un podcast, si possible en faisant une série documentaire. J’ai proposé une première idée qui n’a pas été retenue, puis mon rédacteur en chef a suggéré qu’on fasse un podcast documentaire sur un événement qui avait marqué l’Yonne et plus particulièrement le territoire du Tonnerrois : la menace de fermeture des urgences de nuit de Tonnerre. 

Quand je commence à travailler dessus, le dénouement est déjà connu : les urgences de nuit sont sauvées. Mais je me suis dit que faire un podcast documentaire après coup permettrait de prendre du recul et d’expliquer ce qui s’est passé, ce qui s’est joué pendant ces quelques mois où ce service était menacé de fermeture.

En tant que journaliste, tu as bossé dans le monde de la radio, est-ce que cela t’as aidé ?

Oui, le fait de pratiquer le montage audio et l’écriture de script en milieu professionnel a contribué à ce que je me sente à l’aise sur ce projet pour L’Yonne républicaine. J’ai aussi suivi un excellent cours de radio à l’université de Columbia aux États-Unis, avec de très bons profs : toutes les semaines, on créait une émission de radio d’une heure, en changeant de rôle. On était tour à tour reporter, présentateur, producteur, éditeur… J’ai énormément appris dans ce cours.

Proposer un podcast de qualité aux lecteurs de presse quotidienne régionale, c’est leur offrir un rendez-vous bien identifié, au sein duquel ils se posent un peu, pour écouter une histoire qui mérite qu’ils prennent un peu de temps.

Quel est l’intérêt pour un titre de presse quotidienne régionale (PQR) de lancer un ou plusieurs podcasts ?

On constate que les lecteurs ne passent pas toujours beaucoup de temps sur nos articles web et pour une bonne partie d’entre eux, ils viennent sur nos sites en provenance des moteurs de recherche ou des réseaux sociaux, sans être forcément attachés à notre titre en particulier. Leur proposer un podcast de qualité, c’est leur offrir un rendez-vous bien identifié, au sein duquel ils se posent un peu, pour écouter une histoire qui mérite qu’ils prennent un peu de temps.

D’un point de vue financier, on constate que le marché publicitaire du podcast se développe bien aux États-Unis. Pour la presse locale, cela peut devenir une source de revenus intéressante. 

D’un point de vue financier, on constate que le marché publicitaire du podcast se développe bien aux États-Unis. Pour la presse locale, cela peut devenir une source de revenus intéressante. 

Lors de ta présentation au Festival de l’info local, organisé fin juin à Nantes, tu as souligné l’importance d’anticiper et d’investir un minimum. Peux-tu revenir sur ces deux notions ?

Avant de se lancer dans un podcast, il est important de savoir ce qu’on veut en faire. Il ne faut pas faire un podcast pour faire un podcast. J’ai passé plusieurs jours (en parallèle du travail quotidien) à faire des recherches avant de me lancer dans « Tant qu’on a la santé », pour avoir une bonne idée de ce à quoi devait ressembler le podcast. 

Il faut aussi investir un minimum pour donner à écouter quelque chose de propre. Acheter un enregistreur me semble être un minimum, avec un micro externe si possible, et, s’il vous reste un peu d’argent, ça vaut le coup d’investir dans un casque et un logiciel de montage (petite nuance pour le logiciel de montage : j’ai entendu du bien de Reaper, qui est payant, mais je ne l’ai pas testé moi-même. Par ailleurs, j’ai testé Hindenburg, que je trouve très bien et relativement abordable, par rapport à Audition ou ProTools ).

Quelles seraient, selon toi, les erreurs à ne pas commettre en lançant un podcast ?

Il ne faudrait pas lancer un podcast juste pour avoir un podcast. Ce n’est pas un but en soi. Une erreur serait de ne pas assez penser à l’éditorial. Il faut se poser quelques questions avant de se lancer : que veut-on faire avec ce projet de podcast, pourquoi est-ce pertinent de traiter ce sujet avec ce format-là, etc.

Il ne faudrait pas non plus croire que faire un podcast est rapide. J’ai du mal à estimer le temps qu’il m’a fallu pour « Tant qu’on a la santé » parce que je faisais d’autres choses en même temps, mais à la louche, je pense qu’entre les recherches, les interviews, les reportages, l’écriture des scripts et le montage, il m’a fallu autour de 24 heures par épisode d’une dizaine de minutes.

Je pense qu’il y a encore un travail d’éducation à faire par rapport à ce format, notamment de la part de nos titres de presse locale : nos lectrices et lecteurs ne nous attendent pas sur ce format-là, et il n’est pas particulièrement facile à « consommer ».

Lors de notre série de podcasts “L’Avenir raconte”, nous avons constaté que les articles “classiques” basés sur les épisodes ont bien fonctionné en termes d’audience mais la série de podcasts en tant que telle a eu plus de mal à trouver son public. Est-ce que le format podcast est bien connu du public ?

Je pense qu’il y a encore un travail d’éducation à faire par rapport à ce format, notamment de la part de nos titres de presse locale : nos lectrices et lecteurs ne nous attendent pas sur ce format-là, et il n’est pas particulièrement facile à « consommer ». Avant de pouvoir écouter un épisode, il faut télécharger une application de podcasts, chercher le podcast, puis l’épisode qui vous intéressent… Dans un monde où les vidéos se lancent sans même avoir besoin d’appuyer sur un bouton, ça fait pas mal de barrières. 

Donc oui, je pense qu’il faut encore expliquer ce format, pour qu’il se démocratise. Peut-être faut-il encore que la sortie de nos podcasts, en presse locale, soit accompagnée de tutos, et que notre démarche (pourquoi nous sortons un podcast sur tel sujet) soit expliquée.

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Photos: Grégoire Molle (« Y a plus de saisons ») & Jérémie Fulleringer (« Tant qu’on a la santé »)

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