J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce post qui s’éloigne un peu des thématiques habituellement abordées sur ce blog (l’info locale, les données, les formes de narration…) et qui est essentiellement une réflexion personnelle mais le lancement de Faky par la RTBF m’a pas mal interpellé.

Faky, c’est une plateforme lancée le 18 octobre 2019 par la radio et télé publique belge francophone pour lutter contre la désinformation. Les équipes ont placé la barre haut : permettre notamment aux internautes d’estimer “la fiabilité d’une information en copiant/collant l’URL d’un article dans une fenêtre de recherche. Après quelques secondes, un résultat tombe : la fiabilité de l’article est estimée par un score sur une échelle de 1 à 5. Ce résultat est l’agrégation des indications fournies par des outils qui travaillent sur l’analyse des sources et le contenu de l’article”, comme l’explique la (très bonne) équipe de RTBF Inside : « Faky revient dans une version améliorée très prochainement » : quelle suite après le couac de la plateforme lancée par la RTBF ?

Mais sa durée de vie fut brève : à peine quelques heures.
La raison ?  L’outil accole notamment une mention « peu fiable » à des médias pourtant reconnus sur la place publique, comme par exemple à Médor

L’idée de ce post n’est pas de revenir sur le fond du projet. Des visions s’opposent à ce sujet.
Non, l’idée est de s’interroger sur ce qui a fait défaut et qui pourrait, justement, en faire une force. Ce qui a fait défaut donc, c’est le sacro-saint test de grand-mère. “On a envoyé le lien à toute la rédaction de la RTBF pour demander à tout le monde de tester cet outil », explique Georges Lauwerijs, toujours dans l’article de RTBF Inside. « C’est vrai qu’on a eu peu de retours, on aurait dû se dire qu’on n’avait pas assez de retours pour valider son efficacité, ce qu’on n’a pas fait…”

Je ne jette pas la pierre et au weblab de L’Avenir.net, nous avons aussi appris à nos dépends qu’oublier un test de grand-mère c’est risquer de passer à côté de quelque chose. Dans le cas de Faky, l’image renvoyée par une telle défaillance est évidemment plus lourde: un média “bruxellois-centré” et prescripteur. 

Tester intensivement Faky, en interne et avec l’aide d’autres rédactions, est une solution. Mais ce projet très ambitieux serait un terrain idéal pour créer et fédérer une communauté ouverte au public. D’autant que (re)nouer un lien avec le public autour d’un thème comme la lutte contre la désinformation me semble particulièrement porteur. Ce projet pourrait même être un bel espace “laboratoire” pour d’autres opérations.

Ce post, je le répète, n’est qu’une réflexion personnelle (et j’en profite pour saluer le travail des équipes qui sont sorties de leur zone de confort et qui ont poussé les murs) qui fait écho à ces nombreuses questions que je me pose actuellement sur le travail que les rédactions devraient mener pour créer / améliorer l’adhésion et la participation des publics autour d’un média. J’en profite pour partager cet article de Nathalie Pignard-CheynelAdhésion, participation, engagement des publics : des modèles venus d’ailleurs pourraient inspirer les médias.

N’hésitez pas à commenter / enrichir / protester contre /… ce post.