C’est en pleine crise du coronavirus que le weblab de la rédaction de L’Avenir.net (un groupe de presse quotidienne en Belgique francophone) a soufflé ses 3 bougies. L’occasion de revenir sur son travail durant ces deux derniers mois. J’ai scindé ce retour en 3 thèmes. Ce premier post aborde le travail sur les données.

Data, questionnements et décodage

Les datas, l’équipe du weblab s’y frotte très régulièrement. Cette crise a (re)mis les datas sur le devant de la scène. Un flot de datas, une fluctuation de datas, un trop-plein de datas qu’il a fallu comprendre, mettre en forme… Et ce ne fut pas toujours une mince affaire.

En janvier, lorsque la pandémie est encore inimaginable, nous mettons au point une carte du monde avec le nombre de contaminés par pays. Cette carte (créée à partir d’Infogram) est d’abord actualisée manuellement plusieurs fois par jour via les dépêches de l’AFP et est reprise au bas de tous les articles liés au dossier “coronavirus”.
Avec ces pays qui se colorent au fil des semaines, cette carte a un côté hypnotique, un aspect presque fictionnel. Lorsque que le virus débarque en Belgique, nous complétons la carte du monde par une carte de la Belgique, avec ses 3 régions (Wallonie, Bruxelles et Flandre). Le manque de granularité ne nous permet pas de descendre plus bas (province ou mieux, commune).

Puis se tiennent les premières conférences de presse de Sciensano et de la cellule de crise fédérale. Chaque jour, à 11h, le point est fait sur les chiffres de la veille. A disposition ? Des pdf avec quelques données… Lorsqu’enfin, des données sont mises en accès libre, c’est la ruée… et le début d’une série de questions sur leur interprétation (des questions qui ont dû secouer bon nombre de rédactions à travers le monde, comme ici au Devoir “Quels graphiques mesurent le mieux la pandémie?”). 

Oui, grâce aux données mise en ligne par Sciensano, nous pouvons maintenant créer nos propres cartes mais qu’allons-nous apporter comme informations aux lecteurs ? Maîtrisons-nous réellement tout le contexte (exemple: les chiffres ont régulièrement fluctué suite à des corrections des jours précédents qui n’étaient pas précisées) ? Nous avions évidemment remarqué que, sans suprise, les premières cartes portant sur le nombre de contaminés par commune rencontraient un succès d’audience… Mais le flou et les balbutiements autour des tests obligeaient une telle mise en contexte et une telle quantité de précautions que la décision est prise de mettre l’accent du weblab sur d’autres données (hospitalisation, soins intensifs, décès…)

Après coup, je pense que cela aurait été utile et transparent d’expliquer nos choix, nos questionnements et les limites de nos connaissances, de nos compréhensions aux lecteurs. A ce sujet, j’ai apprécié le choix du groupe Centre France:

À côté du suivi des données et de leur visualisation, l’équipe du weblab a continué à travailler avec les datas notamment pour proposer de nombreux articles explicatifs et des décodages. Cet aspect de décodage est au coeur du travail du weblab et a à nouveau été plébiscité par les internautes. 

Toujours dans l’optique de pouvoir permettre aux lecteurs de visualiser et de suivre les données au fil des jours, Thomas (journaliste) et Géraldine (développeuse) ont mis en place un tableau de bord “corona” alimenté automatiquement, y compris le texte.  L’idée étant aussi d’avoir une page de référence (et de limiter le nombre d’infographiques dans le bas des articles).

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Travail collaboratif et serviciel

L’approche sur base de données, nous a permis de collaborer avec les rédactions (agences) locales du groupe et de s’interroger par exemple sur l’impact du confinement sur les chiffres des infractions et de la criminalité dans les communes.
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Sans oublier notre approche “data-service”. Lorsque les recyparcs (centres de tri de déchets où le grand-public va déposer ses déchets) ont commencé à rouvrir, nous avons mis en place une carte, alimentée par les rédactions locales, pour permettre aux internautes de savoir ce qu’ils pouvaient déposer comme type de déchets, comment et quand…

L’occasion aussi pour nous de travailler sur base de données fournies par le Géoportail de la Wallonie.

+ CARTE | Que pouvez-vous déposer dans votre recyparc ?

Dans les prochains posts, ce que le weblab a pu apporter sur la création de communauté et sur la création de grands-angles réalisés durant la pandémie.

Crédit photo : Prachatai