Dataspot : comment Le Télégramme développe le datajournalisme en presse locale

 

Depuis mars 2015, Le Télégramme mise sur le datajournalisme pour apporter de la valeur ajoutée à ses contenus. Depuis décembre 2015, le site dispose de sa rubrique data : « Dataspot« . Aux commandes, le journaliste Vincent Lastennet. Il m’avait déjà tracé les grandes lignes de son projet (assez enthousiasmant, je dois dire), lors d’une rencontre en septembre 2015. Je suis revenu vers lui en ce mois de juin pour un petit bilan.

Si vous êtes pressés, voici les 7 choses à retenir:

  • travailler en équipe (développeur, journaliste qui connaît le dossier,  gars calé en statistiques…)
  • mettre en ligne un sujet élaboré par semaine
  • diffuser les compétences en interne
  • décliner les enquêtes en print
  • créer une rubrique facilement identifiable au sein du site
  • penser à la compatibilité avec tous les supports (mobile)
  • penser réutilisation à chaque nouvelle datavisualisation

English version:

  • teamwork (developer, a journalist who knows the file, guys versed in statistics…)
  • upload a subject developed by week
  • distribute internally skills
  • decline in print surveys
  • create an easily identifiable section within the site
  • think about compatibility with any media ( mobile)
  • re- think each new datavisualisation

 

dataspot carte

dataspotD’où est venue l’idée de lancer une rubrique dédiée au data sur Le Télégramme ?

Depuis la mise en place du mur payant sur le site internet en janvier 2014, la rédaction en chef favorise les projets numériques à valeur ajoutée. Nous avons commencé dès le début à tâter un peu de data avec le service infographie, avec quelques jolis succès d’audience.

En mars 2015, Samuel Petit, le rédacteur en chef, et Marcel Quiviger, le directeur de la rédaction, convaincus de l’intérêt éditorial du datajournalisme ont décidé de détacher un journaliste pendant un an pour développer cette pratique. J’avais un peu d’avance et beaucoup d’envie. Ils m’ont fait confiance.

Le projet est-il limité dans le temps ?

Après une période d’essai d’un an, le projet est aujourd’hui reconduit sans limite de temps. La cellule est encore en construction. Son organisation et son périmètre peuvent encore évoluer.  

Comment travailles-tu ? De manière totalement autonome pour la rubrique ou en collaboration avec d’autres journalistes pour diverses enquêtes ?

Je travaille rarement seul. Je peux faire appel à l’un de nos développeurs spécialisé web, Laurent Guigo, en cas de blocage manifeste sur une dataviz. Je profite également des compétences en statistiques et en traitement de données de Gillian Charles, qui travaille pour le service marketing en tant que data manager. Les infographes du journal me donnent un coup de main. Et j’essaie également de profiter de l’expertise de nos reporters ou de nos localiers dès que l’occasion se présente.   

As-tu un nombre de “productions” que tu souhaites atteindre par semaine?

J’essaie de produire au moins un sujet un peu élaboré par semaine. Et plus en fonction de l’actualité.

Avec le recul de ces premiers mois, penses-tu que ton boulot influence tes collègues?

Je pense aujourd’hui qu’il interpelle plus qu’il n’influence. Nous avons déjà entamé un premier cycle de formation interne sur le plateau principal du siège. L’objectif aujourd’hui est de diffuser les compétences acquises en un an auprès des locales.

Tu travailles en presse locale, est-ce qu’il y a des thématiques datas qui se prêtent mieux à ton lectorat ?

La data permet d’aborder des sujets de société et de politique assez complexes à l’échelle bretonne ET communale ce qui apporte à la fois une vision globale du territoire et une proximité avec le lecteur rendant l’information plus accessible. Les compétences développées dans le cadre de notre cellule data permettent également de traiter de manière plus efficace les infos pratiques et utiles très prisées en micro-locale.

En septembre, lorsqu’on s’était rencontré au Medialab SpeedTraining, tu m’avais dit vouloir décliner tes enquêtes datas en web et print. Est-ce que 9 mois plus tard, tu as réussi à travailler sur les 2 supports ?

Oui. Une bonne partie des sujets data publiés dans la rubrique ont connu une déclinaison print. Parfois très courte, parfois beaucoup plus importante. La Une du journal a été consacrée à un sujet data à 10 reprises cette année.

Donner un nom spécifique à la rubrique (Dataspot), c’était important ?

Je le pense. Plus de 1.000 articles sont publiés par jour sur le site du Télégramme. Pour ne pas que ces sujets se retrouvent noyés dans le flux quotidien, la création d’une rubrique dédiée avec son nom et ses réseaux nous semblait être la bonne solution. Elle impose également un rythme de production, permet de tester de nouvelles formes graphiques sans impacter le reste du site et peut porter de nouveaux projets.  

Tu as choisi de travailler avec Carto DB, pourquoi ?

Le principal avantage de cartoDB est sa polyvalence. N’importe quel journaliste peut créer une carte très rapidement et, dans le même temps, l’outil laisse une liberté quasi-totale pour peu que l’on mette les mains dans le code.

Comment t’es-tu formé ?

J’ai eu deux jours de découverte de la data en janvier 2015 à Nantes, avec Nicolas Kayser-Brill, l’un des pionniers de la pratique en France. L’atelier était organisé par le OuestMediaLab à Nantes. Il m’a permis de découvrir les fonctions essentielles d’un tableur pour la pratique du journalisme, mais surtout l’ampleur des compétences à acquérir pour faire de l’ordinateur un véritable allié dans l’enquête journalistique. Suite à cette formation, j’ai commencé à suivre des cours en ligne pour m’initier au codage informatique.   

Quels sont les autres programmes que tu utilises ?

Nous avons installé DataWrapper sur nos serveurs pour les graphiques. J’utilise aussi Highcharts pour le même type de visualisations. Mais plus le temps passe, plus je m’oriente vers des langages (HTML, CSS, JavaScript, python, SQL) et les librairies associées, qui permettent de faire à peu près ce que l’on veut à condition de gagner en compétence.

Tiens-tu compte de la lisibilité des visualisations sur mobile ?

Oui. C’est un objectif permanent mais pas toujours facile à atteindre. Nous essayons d’améliorer nos modèles à chaque nouvelle datavisualisation pour qu’elle soit lisible sur les différents supports. Aujourd’hui, notre « template » de carte interactive est responsive et, donc, accessible sur smartphone et tablette. Construit à l’occasion d’un sujet sur les impôts et les revenus des Bretons, il est désormais réutilisable à tout moment.

Nous avons également réalisé un tableau de bord interactif, constitué de compteurs dynamiques, conçu pour tous les écrans. Il est impensable aujourd’hui de créer un objet numérique qui ne soit pas compatible avec tous les supports. L’idée est de penser réutilisation à chaque nouvelle datavisualisation, quitte à passer plus de temps au moment de la création, à tester, structurer et commenter le code.  

Tu as procédé à des collectes de données en faisant appel à vos lecteurs. Peux-tu, en quelques mots, situer le contexte et me dire si tu es satisfait du résultat ?

C’est très variable. Pour un sujet sur la métamorphose de la ville de Brest, nous avons récolté plus de 400 avis en moins de deux jours. Un vrai succès ! Pour un autre sujet sur les subventions aux associations, la participation des lecteurs a été beaucoup, beaucoup plus faible.

Le crowdsourcing reste un objectif important. Il faut désormais que nous développions une méthode et les outils permettant de le rendre vraiment efficace.

dataspot appel

As-tu des sources/médias d’inspiration ?

J’aime beaucoup le Berliner Morgenpost, je suis Les Décodeurs du Monde, Le Temps chez les Suisses, et bien sûr L’Avenir en Belgique ! (ndlr : vil flatteur ^^). Quand je veux me faire mal ou imaginer ce qu’on pourra faire dans deux ou trois ans, je vais faire un tour sur le New York Times.

Je suis également abonné à plusieurs newsletters (Global editors, OuestMediaLab, Data Colada…), je participe à certains communautés comme celle des Journalistes qui tâtent un peu des outils numériques sur Google et je pratique également une veille active sur les réseaux qui me permet de tomber sur quelques perles. Pour les sources, elles sont vraiment variées…

J’ai aujourd’hui une liste de plus d’une centaine de site de producteurs de données en France, allant de l’Insee au service urba de la ville de Brest…

Travailles-tu directement avec les rédactions locales du groupe ? Et si oui, comment cela se déroule-t-il ? Y a-t-il des demandes de leurs parts ? Est-ce toi qui viens vers elles ?

Oui. Mais pas encore suffisamment. C’est l’un des objectifs majeurs des semaines à venir. Je transmets en général aux rédactions locales les fichiers que j’ai traité au niveau régional mais qui peuvent avoir un intérêt particulier sur leur territoire. Ils peuvent ensuite me contacter s’ils ont des questions sur les données ou s’ils souhaitent un traitement particulier. Nous allons normalement organiser à la rentrée une session de formation dont les conditions sont encore à établir.

 

Et sinon, pour me suivre sur twitter, c’est par ici @arnaudwery et il y a aussi ma page Facebook avec une veille axée webjournalisme, presse locale et data.

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